J’ai ouvert les yeux ce matin. J’ai vu ma chaumière, telle qu’elle l’était hier, les tables dans le chaos où je les avais laissées hier soir. Je me suis promenée dans le Dunshire, j’ai vu ce plan d’eau à la sortie de ma chaumière ainsi que les maisons de mes amis, de connaissances, ainsi que de personnes que je connaissais pas.
J’ai pris mon luth et je suis allée me balader. Je suis même allée jusqu’au fort frontière, j’ai traversé tout Connacht pour cela. J’ai vu des personnes, qui attendaient, certaines, qui se chamaillaient et encore d’autres qui parlaient, comme si on les écoutait.
Je me suis demandé si on écoutait toujours tout le monde, tout le temps.
J’ai vu l’obélisque, j’ai vu des tours et des forts.
Je me suis demandé depuis quand tout ceci existait. Avaient-ils toujours existé ou alors n’ont ils existé qu’à partir du moment où j’avais pris pour but de les défendre, comme s'il s'agissait de mon premier tamtam ?
Et pour moi, est-ce que ça sera pareil ?
Ai-je toujours existé pour tout le monde ? Non, certainement pas ! Je me rappelle bien de fois où, soit à cause mon humeur, soit à cause de mon étourderie, je ne répondais pas aux personnes qui m’interpellaient.
Existerai-je après ? Quand je ne verrai plus ma chaumière, telle qu’elle a toujours été, quand je ne verrai plus mes tours et mes forts, quand la bannière de la guilde ne flottera plus dans les cieux d’Hibernia … Se souviendra-t-on ? de … moi ?
J’aurai aimé, mais je me suis rappelé que le dévouement était bien plus que nécessaire, et je me suis dit que j’aurai aimé que la vie ne change pas et qu’elle reste bien longtemps comme elle put l’être.
J’ai ensuite retrouvé mes amis, même si je ne les avais jamais perdu, je me suis dit que j’étais bien avec eux, au point d’avoir le cœur serré quand l’un d’entre eux se sentait mal, et je crois que c’est à ce moment là que je me suis dit que cette vie me suffirait.
J’embrassais chacun d’entre vous, comme si ça avait pu être la dernière fois, sans avoir peur de ne plus vous revoir, tellement j’étais persuadée de vous retrouver le lendemain. Je vous souhaitais une douce nuit, comme on se le souhaite chaque soir, et je partis heureuse, avec la ferme intention de revenir le lendemain sans me soucier de savoir si, pour les autres, j’avais pu exister un jour.